75e anniversaire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés

Discours de Mme Nathalie Fontanet, conseillère d’État, à l’occasion du 75e anniversaire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, au Palais des Nations
28 juillet2026

 

« Les salutations protocolaires ayant déjà été prononcées, permettez-moi de vous saluer toutes et tous, en vos titres et qualités respectifs.

Monsieur le Haut-Commissaire,
Chers amis,

Il y a soixante-quinze ans, un groupe de diplomates se réunissait à quelques pas d’ici.

C’était un samedi de juillet. Le lac était calme, nos rues paisibles, mais le monde comptait encore ses morts.

Ces femmes et ces hommes avaient vu ce qui arrive lorsqu’une personne frappe à une porte et que personne ne lui répond.

Beaucoup d’entre eux l’avaient vécu personnellement.

C’est ainsi qu’à Genève, ils ont consigné une promesse.

Une promesse simple, au fond : qu’un être humain fuyant les persécutions ne serait plus jamais renvoyé vers le danger. Que le mot « réfugié » ne serait ni une insulte, ni un fardeau, ni une statistique, mais un statut, un droit et une responsabilité qui nous incombe à toutes et à tous.

Nous venons d’entendre cette promesse prononcée à haute voix.

J’aimerais que nous prenions un instant pour en mesurer toute la portée. Car une promesse faite à Genève est une promesse que Genève doit contribuer à tenir.


Permettez-moi de vous parler avec franchise de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

À la fin de l’année dernière, près de 118 millions de personnes étaient déplacées de force à travers le monde.

Près de 69 millions étaient déplacées à l’intérieur de leur propre pays.

Mais, pour la première fois depuis plus d’une décennie, ces chiffres recèlent aussi une lueur d’espoir : ils ont légèrement diminué, d’environ 4 %.

Nous devons toutefois interpréter ce chiffre avec prudence.

Il reflète avant tout d’importants mouvements de retour vers la Syrie et l’Afghanistan, qui se sont souvent déroulés dans des conditions fragiles et précaires.

Rentrer chez soi pour ne retrouver que des ruines, ce n’est pas véritablement rentrer chez soi.


Non, nous ne pouvons donc pas encore parler d’un monde en voie de guérison.

Nous pouvons seulement constater que le monde n’a jamais cessé d’avoir besoin de cette Convention.

Et voici ce que je souhaite affirmer ce soir, en ma qualité de représentante des autorités hôtes : Genève n’a pas signé ce texte en simple spectatrice.

Bien avant 1951, notre canton accueillait déjà des réfugiés depuis des siècles.

Des réfugiés ont contribué à bâtir notre industrie horlogère. Ils ont enseigné dans nos écoles. Ils ont fondé nos banques. Ils ont enrichi nos vies de nouvelles langues.

Notre propre histoire nous a enseigné une vérité que la peur occulte trop souvent : celles et ceux qui arrivent sans rien ne dépouillent pas une terre. Ils l’enrichissent.


Ce soir, nous avons de nouveau entendu cette vérité de la bouche de celles et ceux qui l’ont vécue. Une jeune femme a nagé pour sauver sa vie, avant de nager pour représenter le monde. Une athlète, une lauréate et des artistes se sont tenus devant nous.

Chacune et chacun d’entre eux a un jour été un nom sur une liste, un dossier parmi d’autres.

Et chacune et chacun incarne la preuve vivante de ce que protège véritablement cette Convention : non pas la détresse, mais la possibilité d’un avenir.

Que doit donc Genève à cet anniversaire ?

Pas de la nostalgie.

Pas de l’autosatisfaction.

Notre tâche est plus discrète et plus exigeante : préserver cette terre comme un lieu où le droit humanitaire ne se négocie pas, où les institutions qui protègent les personnes déplacées peuvent accomplir leur mission et où le mot « réfugié » est prononcé avec respect.


Le canton de Genève se tient aux côtés du HCR, comme il le fait depuis soixante-quinze ans.

Ce n’est pas une marque de courtoisie.

C’est un engagement.

Les diplomates de 1951 n’imaginaient pas qu’ils écrivaient pour nous.

Je crois qu’ils espéraient que leur texte ne serait pas nécessaire très longtemps.

Sur ce point, ils se sont trompés.

Mais ils avaient raison sur quelque chose de plus essentiel : même au lendemain de la décennie la plus sombre de notre mémoire, les États pouvaient encore choisir les principes plutôt que la peur.

Ce choix nous appartient toujours. Chaque année. À chaque frontière. Chaque fois que quelqu’un frappe à une porte.

Je vous remercie et souhaite un heureux anniversaire à cette promesse qui mérite toujours d’être tenue. »

Seul le texte prononcé fait foi

 

Légende de l’image : De gauche à droite : le secrétaire d’État suisse aux migrations, S. E. M. Vincenzo Mascioli ; l’auteure-compositrice-interprète belgo-camerounaise Lubiana ; la nageuse olympique syrienne et ambassadrice de bonne volonté du HCR Yusra Mardini ; la militante irakienne des droits humains et lauréate du prix Nobel de la paix Nadia Murad ; le basketteur olympique sud-soudanais et ambassadeur de bonne volonté du HCR Wenyen Gabriel ; l’actrice et entrepreneuse sud-africaine, ambassadrice de bonne volonté du HCR, Nomzamo Mbatha ; la conseillère d’État du canton de Genève Nathalie Fontanet ; le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés Barham Salih ; la conseillère administrative de la Ville de Genève Marie Barbey-Chappuis ; la soprano moldave et soutien de haut niveau du HCR Valentina Nafornița ; le musicien irakien Naseer Shamma ; le représentant permanent de la Suisse auprès de l’Office des Nations Unies à Genève, l’ambassadeur Thomas Guerber.

© Antoine Tardy / UNHCR

 

 

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