L'interview | Nicolas Seidler

Organization

Comment présenteriez-vous votre organisation en quelques mots ? En quoi consiste votre fonction? Quel est votre objectif?

Geneva Science-Policy Interface (GSPI) est une plateforme neutre qui a pour mission de promouvoir la collaboration entre scientifiques et professionnels de la politique internationale au sein de l'écosystème multilatéral de Genève.

Nous sommes hébergés, soutenus et initiés par l'Université de Genève. Nous bénéficions aussi du soutien du DFAE dans le cadre de sa stratégie de promotion de la diplomatie scientifique.

Notre mission est d'aider les chercheurs, les professionnels de la politique, ainsi que les équipes responsables à collaborer pour produire des solutions fondées sur la science et les faits pour répondre aux grands défis actuels : la triple crise planétaire, la perte de biodiversité, les migrations, la lutte contre les pandémies ou encore la gestion des risques liés aux nouvelles technologies, en sont quelques exemples. 

Nous sommes un intermédiaire honnête qui travaille dans tous les secteurs et toutes les disciplines pour aider les professionnels du monde universitaire et des organisations intergouvernementales en leur offrant de nouvelles possibilités, des compétences, des réseaux et des incitations à collaborer dans le domaine de la science et de la politique.  

Nos programmes et activités sont centrés sur la promotion et le soutien à des projets collaboratifs sous forme de conseil stratégique et de financement, de développement de connaissances au travers d'ateliers et de formations d'une semaine, et de développement de ressources pratiques, telles que des boîtes à outils. Ceci dans le but d'élargir les horizons de collaboration entre la science et les politiques de l’écosystème de gouvernance globale de la Genève internationale. 

Organization


Parmi la concentration d'acteurs à Genève (OI, ONG, missions permanentes, universités et secteur privé), avec qui travaillez-vous et comment?

Nous collaborons avec de nombreux experts au sein des organisations internationales, ainsi qu’avec leurs départements de recherche. Les secrétariats de ces organisations nous demandent régulièrement de les mettre en relation avec des chercheurs spécialisés dans un domaine particulier ou de collaborer à des activités visant à promouvoir la politique scientifique.

Dernièrement, l'Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR) nous a invités à conseiller les États membres sur le procédé de renforcement des mécanismes d'évaluation scientifique dans le cadre de la Convention sur les armes biologiques. Nous avons également accompagné des organisations comme l'Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD) pour l'organisation de colloques scientifique sur des sujets tels que la politique migratoire. En novembre dernier, nous avons co-organisé un atelier avec l'Université de Genève et l'OMS pour réfléchir comment traduire les résultats de la recherche sur le diabète en actions politiques de façon concrète. C'est un exemple parmi des dizaines de projets que nous avons soutenus par le biais notre appel à projets annuel, en collaboration avec, entre autres, l'OIM, l'OMS, l'UNITAR, le HCDH, le PNUE et la CEE-ONU.

Sur le plan académique, nous sommes de plus en plus sollicités par des universités désireuses de renforcer leurs échanges avec les organisations internationales et leur participation aux processus politiques qui sous-tendent les conventions et les négociations multilatérales. Nous travaillons beaucoup avec des chercheurs en début de carrière ; nous leur proposons un accompagnement stratégique et financier. Le canal principal pour ce soutien financier est l'Impact Collaboration Programme, notre appel à projets annuel, qui sert aussi de vitrine pour des collaborations réussies entre des scientifiques et des organisations internationales ou des ONG.

Nous collaborons également avec d’autres plateformes thématiques basées à Genève. Récemment, par exemple, nous nous sommes associés au réseau Geneva Environment Network pour organiser un atelier public sur les forces et des limites des organes scientifiques mondiaux, tels que le GIEC. Nous sommes également membre d’une coalition coordonnée par le GESDA qui organise tous les ans la Semaine de la diplomatie scientifique, et nous contribuons à un module de formation en diplomatie scientifique proposé par la Fondation Diplo.

Organization

Quelles sont les forces et les faiblesses de Genève en ce qui concerne le développement de votre activité?

La capitale mondiale du multilatéralisme qu’est Genève a tous les ingrédients nécessaires pour cultiver un écosystème florissant en matière de diplomatie scientifique. Au sein des organisations internationales, on compte de nombreux responsables scientifiques, ainsi que des départements de recherche actifs non seulement à l’interne, mais aussi en partenariat avec des universités. Rappelez-vous que Genève (par l'intermédiaire de l'OMM) accueille le GIEC (le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), l'un des plus importants organes scientifiques et politiques dans le domaine de l'environnement et du changement climatique.

Cet écosystème multilatéral est entouré d’un réseau très dense d'universités axées sur la recherche, à Genève et ailleurs en Suisse, qui entretiennent des liens étroits avec leurs homologues sur tous les continents. Ces institutions génèrent un vaste champ de connaissances scientifiques et méthodologiques, contribuant ainsi à renforcer la prise de décision politique en matière de migration, de droits humains, de santé mondiale et de protection de l'environnement, pour n’en citer que quelques.

Pour illustrer la richesse de cet écosystème, nous avons récemment coordonné la publication d'un « policy brief » sur le rôle de premier plan que pourraient jouer la science et la diplomatie suisses dans la promotion de l'approche « One Health ». Le COVID-19 a souligné la pertinence d’une approche intégrant la santé humaine, animale et environnementale dans une seule et même optique. Sur mandat du DFAE, nous avons collaboré avec des chercheurs et chercheuses de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève et consulté plus de 30 experts suisses et internationaux (OMS, OMC, SwissTPH, etc.) afin de formuler des recommandations fondées sur la science pour prévenir et lutter contre de futures pandémies et zoonoses.

Malgré les atouts inhérents à l'écosystème genevois, il reste encore beaucoup à faire pour reconnaître et soutenir les personnes et les institutions qui se consacrent à faciliter et à renforcer les collaborations entre les scientifiques et les professionnels de la politique. Nos efforts et ceux de plateformes partenaires, ont permis des progrès importants pour valoriser de cette approche. Nos efforts collectifs créent les conditions nécessaires pour que Genève se profile comme un leader dans l'élaboration de solutions fondées sur la science qui répondent aux grands problèmes mondiaux.
 

Organization


A quoi devrait ressembler la gouvernance mondiale dans 20 à 30 ans?

J’aimerais voir plus de soutien et une meilleure intégration des scientifiques en tant que contributeurs à la réponse aux grands défis de la gouvernance mondiale et locale.

Pour y parvenir, il faudrait que les organisations internationales et les États fassent preuve de volonté et consacrent plus de moyens à la collaboration avec le monde scientifique, de manière formelle ou informelle. Il faudrait pour cela également que les universités offrent plus de soutien et de reconnaissance aux chercheurs qui consacrent une partie de leur temps à des projets de ce type. Bien qu'il y ait eu des évolutions positives dans ce domaine, les motivations sous-jacentes du monde universitaire - telles que les publications scientifiques et les citations - sont profondément ancrées et principalement reconnues. Elles n'offrent guère de visibilité aux chercheurs pour leurs projets axés sur l'impact politique en plus du parcours classique, il faudrait développer de nouvelles approches qui reconnaissent la valeur de l’engagement social des chercheurs.

Outre les divers groupes et comités centrés sur des conventions ou des traités spécifiques, il sera intéressant de suivre les travaux du Conseil consultatif scientifique des Nations Unies, qui a été créé récemment pour renforcer les échanges entre la communauté scientifique et les plus hautes instances de l'ONU. Cet organe devrait permettre de donner plus de poids aux avis des scientifiques dans l'élaboration des futurs programmes multilatéraux.

En fin de compte, j'aimerais voir plus de personnes, d'institutions et de ressources dédiées à faciliter une collaboration efficace entre le monde scientifique et celui de la politique. C'est un rôle important et bien distinct qui mérite d’être mieux reconnu et soutenu afin d’optimiser la collaboration entre chercheurs et experts en politique.

Organization


Quelle question auriez-vous aimé que l'on vous pose? Et qu'est-ce qui vous empêche de dormir la nuit ?

Les gens s'inquiètent parfois des conséquences de l’imbrication entre science et politique : risque-t-on de politiser la science ou de favoriser la technocratie ? Je comprends leurs inquiétudes, mais je suis persuadé qu'à condition de valoriser le rôle d'intermédiaire et d'améliorer les capacités des scientifiques et des acteurs politiques à échanger les uns avec les autres, il est possible de favoriser des collaborations fortes tout en restant dans les limites de chaque communauté. 

Les scientifiques s'attachent principalement à mener des recherches rigoureuses pour établir des faits et expliquer le monde qui nous entoure, tandis que les acteurs politiques s'efforcent à prendre des décisions collectives et publiques dans des situations complexes, pleines d’incertitudes et de contraintes. Il est impératif que ces deux mondes cultivent leur capacité à échanger et tirent parti d’intermédiaires et de plateformes conçues pour faciliter des espaces de collaboration. C'est ce à quoi le GSPI aspire : être un atout pour Genève et valoriser le rôle de la Suisse dans le paysage mondial du multilatéralisme.

 

Nicolas Seidler's Biography 

Learn more about GSPI

 

Voir toutes les interviews

Page navigator