L'interview | Doreen Bogdan-Martin
![]() | De quoi êtes-vous le plus fier concernant votre organisation? |
L’année 2025 marque le 160e anniversaire de l'Union internationale des télécommunications (UIT). C’est l'occasion d’un retour en arrière sur le parcours extraordinaire de notre organisation. Depuis sa création, l’UIT facilite les communications à travers le monde, du télégraphe au téléphone aux communications spatiales, sans oublier les technologies émergentes, comme l'intelligence artificielle et l'informatique quantique. À l’époque où j’ai rejoint l'UIT, moins de 1% de la population mondiale avait accès à Internet ; 30 ans plus tard, deux tiers de l'humanité sont connectés. Ce qui signifie que 2,6 milliards ne le sont toujours pas... Lorsque je pense au parcours de l'UIT, je suis particulièrement fière de l'engagement de nos collaborateurs et de leur attachement à assurer que tous les habitants du monde puissent accéder à cette ressource. À Genève – et dans le monde entier – l'UIT est un remarquable réservoir de talents, dont de nombreux ingénieurs et experts dans des domaines d’avenir. Leur travail contribue à la réussite de notre mission tout en garantissant que l'UIT reste à la pointe de la technologie.
![]() | Pourriez-vous nous expliquer les principaux défis auxquels vous êtes actuellement confronté? |
La persistance du fossé numérique fait partie de nos défis les plus urgents. Aujourd’hui, l'accès à Internet est aussi indispensable que l'électricité, et il est intolérable qu'un tiers de l'humanité n’y ait pas accès. Par ailleurs, la connectivité est fortement liée au développement économique. Selon "ITU Facts & Figures 2024", dans les pays à revenu élevés, 93 % de la population est connectée contre seulement 27 % dans les pays à revenu faible. Nous nous intéressons aussi de près à l'intelligence artificielle (IA) et son immense potentiel de transformation. L’IA est déjà en train de bouleverser nos vies, nos modes de travail et de communication, dans des domaines aussi variés que les agents intelligents, les technologies de diagnostic médical, l'agriculture de précision ou encore la traduction. Les pays ne sont pas tous au même stade d’avancement, mais tous sont confrontés aux mêmes défis : la réglementation de cette technologie, la pénurie de compétences techniques, ainsi que divers risques liés à l'AI, tels que la désinformation, la destruction d'emplois, et l’impact environnemental. En tant qu'agence des Nations Unies pour les technologies numériques, l'UIT pilote l'effort mondial pour assurer que l'IA profite à tous. Notre objectif est de promouvoir le dialogue autour de l'utilisation éthique de l'IA, mais aussi de créer des opportunités pour renforcer les compétences et égaliser l'accès à cette technologie. Nous cherchons à assurer que l'IA joue un rôle de catalyseur pour réduire la fracture numérique plutôt que de la creuser encore plus.
![]() | Parmi la concentration d'acteurs basés à Genève (OI, ONG, missions permanentes, milieux académiques, secteur privé ou autres), avec qui travaillez-vous et comment? |
La présence de l'UIT au cœur de la Genève internationale nous permet de collaborer avec de nombreuses parties prenantes qui partagent un intérêt de plus en plus prononcé pour la transformation numérique. En tant que codirigeant du Groupe de travail sur les technologies numériques, l'UIT, en lien avec d’autres agences des Nations Unies à Genève, contribue à la mise en œuvre du Pacte numérique mondial et du Pacte pour l'avenir, entre autres via le réseau informel « Geneva Digital Kitchen ». À travers le Conseil de l'UIT, les commissions d'études et les réunions d'information pour les ambassadeurs, nous facilitons les échanges et nous sensibilisons nos 194 États membres aux défis du numérique. Nous collaborons également avec plus de 1 000 acteurs du secteur privé et de la société civile à Genève, dont des entreprises et des universités, parmi lesquels l'Université de Genève (UNIGE) et l'Institut de hautes études internationales et du développement. Ces collaborations nous permettent de valoriser cet écosystème unique au monde pour promouvoir un avenir plus connecté, inclusif et durable pour tous. Le nouveau Giga Connectivity Centre du Geneva Biotech Campus est un excellent exemple.
![]() | Selon vous, quels sont les points forts et les points faibles de Genève? |
Avec la montée en puissance de technologies transformatives telles que l'intelligence artificielle générative, il est plus urgent que jamais de renforcer la coopération multipartite dans le domaine numérique. Genève est reconnu comme un pôle mondial pour la coopération dans ce domaine et constitue donc un tremplin idéal pour répondre à ce défi. Forte de cette tradition, la ville offre un terrain fertile pour faciliter le dialogue et la prise de décisions essentielles pour l’avenir du monde, notamment dans le domaine des nouvelles technologies. Le Sommet mondial AI for Good organisé par de l'UIT en juillet à Palexpo en parallèle à l'Événement de haut niveau SMSI+20 2025, illustre le rôle central de Genève dans le paysage numérique. Le vrai défi consiste à assurer que les accords conclus à Genève débouchent sur des actions concrètes et des résultats tangibles. C'est pourquoi l'UIT coopère avec la communauté diplomatique et les agences des Nations Unies à Genève pour proposer des réunions d'information régulières au sujet des technologies émergentes.
![]() | Qu'est-ce qui vous a enthousiasmé ou inspiré récemment? |
En début d’année, j'ai eu le plaisir de participer au 15e anniversaire du Modèle des Nations Unies du Lycée International de Ferney-Voltaire, ou FerMUN. Alors que l'IUT se prépare à fêter ses 160 ans, cela m'a permis de démarrer 2025 en beauté ! Ces jeunes diplomates en herbe m’ont profondément inspirée par leur passion, leur professionnalisme et leur connaissance des enjeux auxquels notre monde est confronté. Les participants de FerMUN accompliront certainement de grandes choses dans le monde du travail, certains sans doute dans les nouvelles technologies. J'ai hâte de voir ce qu'ils vont faire !