Solidarité et multilatéralisme : un engagement renouvelé depuis Genève

Allocution d’ouverture de Nathalie Fontanet lors de la table ronde « Quel avenir pour la Genève internationale ? » au Graduate Intitute dans le cadre du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH)
10 mars 2026
 

"Mesdames et Messieurs, en vos titres et fonctions respectives,

Ce soir, nous nous réunissons dans un moment particulier. Pas seulement pour regarder un film sur l'état du monde, mais pour nous demander, ensemble, ce que nous voulons vraiment défendre.

Je tiens d'abord à remercier chaleureusement le FIFDH. Édition après édition, ce festival crée des espaces où la culture rencontre la conscience, où l'image devient pensée, et où l'émotion se transforme en engagement.

Dans une période marquée par la polarisation et les tensions internationales, ces espaces ne sont pas un luxe. Ils sont une nécessité.

Merci également au Graduate Institute, partenaire de longue date du Canton, dont le rôle académique est essentiel pour nourrir notre réflexion notamment sur l'avenir du multilatéralisme.

Et merci à l'Institution suisse pour les droits humains, maillon indispensable entre nos engagements internationaux et leur mise en œuvre concrète.

Le film qui va dans un instant être projeté — Solidarity de David Bernet — montre les ombres et les lumières de la solidarité.  Il nous rappelle que la solidarité n'est pas un élan spontané qui surgit naturellement.

Non, la solidarité se construit. Elle s'organise. Elle se défend. Elle suppose également des institutions solides, des ressources stables, et une réelle volonté politique.

Aujourd’hui, les crises humanitaires se prolongent et se complexifient.

Nous constatons, avec inquiétude, l'instrumentalisation politique de l'aide, et un système humanitaire conçu pour les urgences de court terme confronté à des crises désormais systémiques et durables.

Les aides financières aux ONG et les soutiens aux OI en matière de réorganisation, mais aussi avec une loi sur la solidarité internationale en vigueur depuis plus de vingt ans, témoignent d'un engagement structurel et non conjoncturel de la part du canton de Genève.

Mais au-delà de la solidarité, c'est le multilatéralisme lui-même qui est en crise. L’ordre fondé sur la coopération plutôt que la confrontation, sur des règles plutôt que sur la force, est aujourd’hui fragilisé financièrement et politiquement.

Pourtant, et c'est là le paradoxe douloureux de notre époque, jamais les interdépendances mondiales n'ont été aussi profondes.

Climat, pandémies, migrations, intelligence artificielle : aucun de ces défis ne connaît de frontière. Aucun État ne peut y répondre seul.

Alors oui, cette crise doit devenir une opportunité.

Par son écosystème unique de missions permanentes, d'ONG, d'expertises juridiques et humanitaires, mais aussi par sa tradition de dialogue et de pragmatisme, le canton de Genève peut être le laboratoire de ce renouveau.

Ce soir, la question n'est pas de savoir si le monde a besoin de nous. La question est de savoir si nous sommes à la hauteur de ce moment.

Je crois que nous le sommes ! À condition de ne pas renoncer au dialogue ni à la dignité humaine.

Je vous souhaite d’apprécier ce film. Excellente soirée à toutes et à tous."

Seul le discours prononcé fait foi
 

Cet événement a été coorganisé par le Graduate Intitute en partenariat avec le FIFDH et l’Institution suisse des droits humains (ISDH), et bénéficie du soutien de l'État de Genève. 
 

Page navigator